14 janvier 201014 janvier 2010 Accueil » Le José Andrès
Ecrit par mathilde à 16:14 dans Bolivie
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Bonjour à tous, merci pour tout vos messages, le José Andrès, suite et fin…

Le départ

Nous sommes retournés à Puerto Almacen, le jeudi 07, pour embarquer sur le José Andrès. On n’attendait plus qu’un « Camioncito » et le combustible avant d’appareiller. Sauf qu’à force de mettre des « ito » partout, le camioncito s’est avéré être une bétonneuse, il faut décharger une barge pour faire la place. Ca prend du temps, on attend, le combustible arrive. On sait déjà que nous ne partirons que le lendemain à l’aube. Lorsqu’on embarque les huit vaches, on sent que les choses se précisent. Le bateau manÅ“uvre pour agencer ses trois barges ainsi qu’un bateau plus petit accroché à nous. On est prêt.

Le Vendredi 08, on démarre enfin, à l’aube. Beau temps, on remonte le Rio Ibaré pour rejoindre le Rio Mamoré qui nous mènera jusqu’à Guayaramerin. Nous sommes nombreux sur ce bateau : le capitaine, qui s’appelle Jésus, sa femme, sa nièce, 9 marins et une vingtaine de passagers dont pas mal de gosses -autant dire qu’on est serrés, le gens s’installent comme ils peuvent ; des tentes sur le toit des barges et des hamacs un peu partout, on apprend à installer un hamac (sans crochet)-. On voit des tortues d’eau et des dauphins d’eau douce (roses, très moches), plein de grands perroquets bleus et jaunes. On rejoint le Rio Mamoré à la mi-journée, le soir tombe et on se couche.

Coucher de soleil sur Puerto Almacen

Coucher de soleil sur Puerto Almacen

Hutte le long du rio Ibare

Hutte le long du rio Ibare




Le naufrage

Vers neuf heures, on se réveille au milieu des hurlements, grande panique à bord… le petit bateau accroché à nous est en train de couler – et il y avait des gens qui dormaient dedans -. Le José Andrès rejoint la berge en traînant le bateau coulé.

Mamoré 1 - José Andres 0

Mamoré 1 - José Andres 0

Ambiance tendue

Ambiance tendue


Jesus n’a pas cédé à la panique, non plus que ses hommes qui entreprennent de sauver le chargement du petit bateau. Ils pataugent pendant des heures pour récupérer tous les cartons -les femmes vont mieux, elles ont essuyé leurs larmes et papotent-, puis tout le monde va se coucher. On essuie un gros orage.
Le lendemain matin, il faut entreprendre de sauver le petit bateau qui n’est pas troué mais qui a juste été débordé par les vagues, probablement parce qu’il était trop chargé. Contrairement à ce qu’on aurait cru, ils vont réussir à le sortir des eaux. Puis on écope et sur les coups de midi, de manière complètement improbable, nous repartons.

Le José Andrès sans ses barges

Le José Andrès sans ses barges

Tout le monde s'y met

Tout le monde s'y met

Tentative de halage

Tentative de halage


On écope la barge

On écope la barge

Jésus

Jésus

Un des pilotes du José Andrès

Un des pilotes du José Andrès


Et nous apprenons que nous ne naviguerons plus de nuit, ce qui signifie que le voyage de 4 jours en durera 8. Autant dire que nous n’avons pas apprécié le changement de programme. Personne ne proteste, tout le monde a peur de couler, on prend un peu conscience du fait qu’on peut, effectivement, couler et qu’il n’y a pas grand monde à l’horizon, dans ces étendues de marécage et de moustiques.
On essuie un deuxième orage. La plupart des passagers sont complètement trempés.
L’une des barges prend l’eau et il faut l’écoper tout le temps, a fortiori par temps de pluie. On s’arrête pour écoper la barge qui fuit.
On repart et on navigue jusqu’à la nuit.

Le cauchemar

Troisième jour : on repart à l’aube puis on s’arrête pour cueillir des joncs pour les vaches.
On repart, troisième orage. On s’arrête, on nourrit les vaches et on écope la barge. On ne repart pas. Soit disant, il y a trop de vagues, le courant est trop fort et il faut attendre, même par beau temps, que les vagues se calment. En fait, le bateau est trop chargé et il y a plus de courant que prévu. Après 5 heures arrimé à la berge, on navigue deux heures dans la soirée avant de s’arrêter pour la nuit. On n’a quasiment pas avancé de la journée.
Nous accostons près de huttes de paysans qui vivent tout seuls, dans la forêt et nous allons nous ravitailler. C’est-à-dire que nous allons cueillir deux régimes de bananes et remplir un sac de yuccas dans les champs de cet agriculteur – de nuit, dans une nuée de moustiques – qu’on troque contre du sucre et une bouteille d’huile qui viennent du chargement (le Jésus s’y connait en affaire).
Le lendemain nous repartons à l’aube, naviguons 4 heures pour nous arrêter : trop de vagues, trop de vent, Jésus ne veut pas engager son bateau plus loin.
Tous les passagers s’ennuient, pas bavards, pas très futés non plus. Les quelques manouches du bateau font des bracelets brésiliens, d’autres pêchent mais on n’a vu personne attraper un poisson. Personne ne se plaint, l’extraordinaire, et incompréhensible, passivité des petites gens. Quand il pleut, ils disent « Quelle pluie, qu’est-ce qu’il pleut! », et quand il ne pleut plus ils disent « Que calor! » et tout le temps « Oh, il y a des vagues, c’est dangereux, vraiment très dangereux » (à notre sens, 20cms de creux ça ne fait pas des vagues et on avait beau temps, tout au plus une légère brise). Les passagers qui n’ont pas payé pour être nourris à bord commencent à manquer de provision, une femme partage une assiette de nouilles avec ses quatre gamins – pas trop généreux les patrons. Et puis, Jésus n’est pas du genre à se justifier, plutôt à envoyer promener son monde, il passe son temps à vadrouiller sur les barges loin des passagers, il passe pas mal de temps avec les vaches. On ne sait pas jusqu’à quel point il sait ce qu’il fait. Sa nièce est insupportable et on va bientôt la claquer. Une vieille lit la bible juste derrière le hamac de Christophe sans savoir qu’elle y risque sa vie. On ne repart pas de la journée, nous ne voulons plus regarder les horribles dauphins, ni lire. Jésus fait le malin avec nos jumelles qu’il utilise pour regarder les vagues, au loin. Nous sommes sur une épave, complètement échoués, on en pleure d’exaspération, cela fait quatre jours plein que nous sommes sur le bateau, on aurait du arriver et on a a peine parcouru le tiers du trajet : on est lundi 11.

Le Patricia

Vers le soir, un autre bateau passe, je monte sur le toit de la barge pour lui hurler de s’arrêter, qu’on veut changer de bateau. Il s’arrête, et accepte de nous prendre. Mais on n’a rien gagné parce que les deux bateaux ont décidé de naviguer ensemble. Nous sommes à peine mieux installés, débarrassés de la nièce et de la bible mais on ne sera pas nourri sur le second bateau comme on l’était sur le premier et nous n’avons aucune provision. On évite juste d’étriper quelqu’un.
On se couche sans manger et, affreusement anxieux, on ne dort pas de la nuit. A l’aube, le bateau ne repart toujours pas. A ce rythme, le voyage durera 15 jours… On se lève désespérés.

Dans la matinée, les deux bateaux partent, prennent les virages en faisant un tour complet sur eux-même, cabotent sur le bord pour éviter le courant, on irait plus vite à pied. On discute un peu avec le capitaine du Patricia, qui nous apprend qu’il y a une ville pas loin, un peu en amont d’un fleuve qui se jette dans le Mamoré : Santa Ana. Aucune chance d’y trouver un bus, ni aucun bateau, mais il prétend qu’il s’y trouve des avions. Impossible d’en être sûr, on nous a raconté tellement de bêtise cette dernière semaine que nous savons qu’il est impossible de faire confiance: notre carte IGN indique les aéroports mais aucun à Santa Ana.

Petit bateau pour Santa Ana

Petit bateau pour Santa Ana

Là, un petit bateau passe, il va à Santa Ana. On doit choisir très vite avant que le bateau ne s’éloigne trop et qu’il ne soit plus possible de le rejoindre en pirogue : soit on continue – peut-être encore dix jours, mais on arrivera-, soit on va à Santa Ana où il y aura -peut-être- un avion. Sinon, nous serons définitivement coincés là-bas, il n’y aura pas de route et les pistes sont impraticables en saison des pluies, ça on peut en être sûr. Mais c’est notre dernière chance, après Santa Ana, il n’y aura plus aucune ville.
On choisit Santa Ana, le capitaine Gilberto – nettement plus compréhensif que Jésus, faut dire- nous emmène jusqu’au bateau en pirogue : deux jeunes hommes qui vivent « en communauté » dans la forêt et qui transportent des planches.


La chance tourne…

Avion à Santa Ana

Avion à Santa Ana

On navigue 4 heures pour débarquer à Santa Ana. Taciturne, les deux gars, à force de vivre de rien dans la forêt, mais très gentils. On rejoint la ville en stop, on apprend qu’il y a effectivement, un aérodrome, on file en mobylette. Et là, mais c’était merveilleux, beau et magique ; il y avait plein de petits avions en train d’atterrir, de décoller et surtout, un pilote très jovial, qui, figurez-vous, n’attendait que nous pour décoller.
Vingt minutes plus tard on était dans l’avion. Le pilote a indiqué que nous allions faire une prière avant de partir, Christophe a rigolé poliment pour indiquer qu’il appréciait la plaisanterie, qui n’en était pas une : prière à voix haute pour notre sécurité et notre bénédiction.
Et c’est là, par grand soleil, que l’année 2010 a véritablement pris son envol…

L'Oriente boliviano vu du ciel

L'Oriente boliviano vu du ciel

L'Oriente boliviano vu du ciel

L'Oriente boliviano vu du ciel




Trinidad

Bon, évidemment, on était de retour à notre point de départ, Trinidad : en 45 minutes, nous avons rebroussé tout le trajet parcouru en 5 jours. Mais l’envie de naviguer nous ayant passé, nous avons pris l’avion pour Guyaramérin sans chipoter. Et nous y sommes.
On est passé à la capitainerie, pour laisser notre adresse mail à l’attention des autres passagers, certains voulaient récupérer les photos. Du coup, on a raconté un peu le naufrage qui intéressait pas mal les officiers, et, comme ils nous les demandaient, nous leur avons laissé les photos. Chaque jour, Jésus correspondait par radio avec la capitainerie, il a toujours prétendu que tout allait bien…


El Oriente boliviano

Quitte à vous écrire un message un peu long, quelques mots sur l’ »Oriente Boliviano », que nous avons eu tant de peine à traverser… Les boliviens de l’Oriente nous ont toujours présenté la Bolivie comme un pays constitué de deux régions distinctes et culturellement différentes : les Andes et l’Oriente qui s’étend principalement sur le bassin amazonien, terres détrempées de fleuves, de marécages et de forêt. Les boliviens de l’Oriente ont souvent tenu à nous dire qu’ils se considéraient culturellement très différents des andins. Nous devons le vérifier mais il y aurait eu deux civilisations indiennes distinctes correspondant à deux peuplements : les indiens des Andes, et ceux de la forêt amazonienne. Par contre, quand on demande ce qui caractérise la culture de l’Oriente, nous n’obtenons pas de réponse, sinon des spécialités culinaires servie sur le bateau et pas franchement mémorables. Les boliviens de l’Oriente nous ont paru généralement assez peu loquaces et pas très curieux, néanmoins sympathiques mais c’est à nous d’engager la conversation.
Enfin, dans l’ »Oriente » comme ailleurs, mon voisin étant mon meilleur ennemi, on a entendu des propos du style « Les gens de La Paz et de Cochabamba sont très mauvais, ils ne répondent pas quand on leur parle ». Certains demandent l’autonomie pour se séparer des Andes, région apparemment plus pauvre – tee-shirt « Autonomia, Si ! »-. Néanmoins, nous avons pu observer ici une grande pauvreté, tout particulièrement dans les régions rurales où les populations, manifestement, subsistent difficilement dans des régions insalubres et inaccessible (l’eau du fleuve, les moustiques). Et comment développer une région où l’on ne peut pas construire de route (quasiment immergée de janvier à mars)? Mais bien sûr, plutôt que s’allier contre la pauvreté, d’aucun pensent que deux petits pays enclavés et impuissants seraient une meilleure idée… Enclavé car la Bolivie a perdu son accès à mer, c’est le principal traumatisme national. Mais bon, sur la mer, gaffe aux vagues…

Le bassin amazonien bolivien

Le bassin amazonien bolivien

Bolivien de l'Oriente

Bolivien de l'Oriente



Enfin, on est en face de la frontière, et demain, à nous le Brésil!!!


10 Commentaires10 Commentaires
Alain & Gégé
Commentaire #1
  • 18:26
  • 14 janvier 2010

Hello,

Comme quoi, il ne suffit pas de s’appeler Jésus pour marcher sur l’eau.

Au p’tit matin, dans la grisaille,
On a les yeux encore tout chauds
Longtemps, dans les rues on s’attarde
Avec du ciel bleu sous la peau
Et puisqu’on rêve d’escapade
Partons encore pour Trinidad

Mais qui chantait çà ?

Bisous à tous les deux.
A & G

Fred B.
Commentaire #2
  • 22:10
  • 14 janvier 2010

L’école est finie ?

Dominique Petigas
Commentaire #3
  • 5:53
  • 15 janvier 2010

Je viens de lire vos péripéties boliviennes, quel début d’année mazette, c’est sûr que ça se mérite l’amazonie, et qu’après ça vous êtes capables de tout affronter!

en tout cas, bonne année 2010, le meilleur est devant vous, c’est sûr!

Commentaire #4
  • 18:41
  • 15 janvier 2010

Hello Mathilde et Christophe !

Et beh quelle épopée vous avez vécu dans cette amazonie ! Bravo pour votre courage en tout cas car ça n’a vraiment pas du être très drôle… Je suis sûr que le Brésil va vous apporter de bien meilleurs moments :)

Soyez prudent.

La bise.

fredp
Commentaire #5
  • 21:31
  • 15 janvier 2010

Hé bé, bel épisode ! :-)

Ça me rappelle furieusement les aventures de ma petite soeur de l’autre côté de l’Amazonie, entre la Guyane et Manaus, commencée en pirogue, finie en coucou à roulettes, au début des années 80… comme quoi ça n’a pas tant changé en 30 ans !

A la réflexion, y a quand même un inconvénient majeur (pour vous) à ces aventures racontées en direct sur Internet : maintenant que tout est écrit à chaud et sur le Web, vous allez avoir du mal, dans les décennies à venir, à enjoliver au fil des années en racontant ça à vos enfants et petits-enfants…

De mon temps, on pouvait être « mytho » impunément ! :-)

PS: je préviens la DRH que vous serez en retard, ou quoi ?…

Commentaire #6
  • 1:45
  • 16 janvier 2010

 » Une vieille lit la bible juste derrière le hamac de Christophe sans savoir qu’elle y risque sa vie « . J’adore !

Le coup de la prière avant le décollage, ca me rappelle une anecdote : en novembre, je suis parti au Pérou 15 jours ( ben oui, 15 jours, j’ai un métier moi …) et à Nazca nous avons pris un petit avion un peu comme le vôtre pour survoler les célèbres lignes ( http://fr.wikipedia.org/wiki/G%C3%A9oglyphes_de_Nazca ). Pour que tout le monde puisse bien voir, à chaque dessin, le pilote faisait d’abord un passage en virage (très) appuyé sur l’aile droite, puis un second sur l’aile gauche. Et moi qui étais assis à l’avant à côté de lui ( pour une fois que ma taille me donne un privilège en avion !) je me suis très vite aperçu qu’avant chaque virage il faisait un signe de croix furtif et embrassait sa médaille …

Commentaire #7
  • 2:02
  • 16 janvier 2010

Juste pour tester l’avatar …

Phil Rop
Commentaire #8
  • 19:13
  • 16 janvier 2010

Enfin de l’aventure, de l’imprévu, de l’anecdote, du « pas-très-fier ». Super. Comme Didier j’adore l’histoire de la vieille, de la bible, et du Christophe. Un beau thème de fable !
Ce billet, en tout cas, est un des meilleurs postés.

cath H
Commentaire #9
  • 17:26
  • 18 janvier 2010

On se dit en lisant : « ils vont chavirer » j’étais franchement inquiète pour les vaches !!!! et finalement vous voilà impeccablement repassés au pied de l’avion !!!! comme James Bond. Continuez à faire les bons choix Bises Cat h

Marie B
Commentaire #10
  • 3:33
  • 20 janvier 2010

C’est vraiment l’aventure ma parole! L’épisode du Havannah à côté c’était vraiment de la rigolade…J’adore tous vos derniers messages en tous cas. Ici grand soleil et 35° à l’ombre. dur dur de bosser….
Gros bisous à vous deux et je pense très fort à vous au moment où vous allez passer au Brésil, qui garde une place toute particulière dans mon coeur.
Marie

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