Bonjour à tous, vous nous faites bien rigoler,
Encore un petit épisode volcans…
Nous avons quitté Ranu Pani pour rejoindre d’autres volcans imbriqués : à l’intérieur d’un immense cratère, Tengger, se trouvent trois autres volcans et une mer de sable – apparemment, dans un cratère, il y a souvent une étendu de sable…-. Nous avons traversé la mer de sable à pied pour rejoindre Bromo.
Après l’ascension difficile du Semeru, nous avons apprécié ce petit volcan fastoche qu’on grimpe sans s’en rendre compte. En plus, celui-ci, il fume en permanence, il est parfait.
Pas loin non plus, en se levant un peu tôt, on peut rejoindre un point de vue sur tous les volcans où personne ne va puisqu’il faut marcher : celui qui fume c’est Bromo, à côté c’est Bernique et tout au fond c’est le Semeru.

Le cratère de Bromo

Sunrise sur les volcans
Bon, Bromo, comme c’est très joli, impressionnant et accessible, c’est aussi très touristique et c’est l’occasion de dire un mot sur nos copains touristes. Ils voyagent en jeeps privées et font route de nuit. Parfois ils arrivent vers 22 heures pour dormir 5 heures – le rendez-vous « sunrise » est à 3 heures 30 du matin-, parfois ils arrivent directement au point de vue sur les coups de 4 heures 30 du matin. Vers 5-6 heures ils redescendent pour jeter un cil au fond du cratère de Bromo, vers 8 heures ils prennent un petit déjeuner et ils achètent un tee-shirt « I love Bromo » et à 9 heures ils sont partis. On ne les a même pas vus : ce sont des touristes furtifs. Les jeeps en ont juste recrachés deux, trop épuisés par l’excès de sunrise pour reprendre la route… Ils nous on dit qu’à leur point de vue, il y avait tellement de véhicules qu’on aurait dit une rave. On leur a fait du thé avec notre petite bouilloire chinoise et on a fait sauter les plombs.

Le cratère Ijen
On a rejoint le volcan Ijen comme on a pu, en transport en commun et puis la fin à pied au milieu des plantations de caféiers.
Le cratère est très vaste et contient un lac, le plus acide du monde. Juste à côté, tout au fond, se trouve le cÅ“ur du volcan, l’endroit précis où il crache en permanence des fumées épaisses et sulfureuses. C’est aussi là qu’il recouvre la roche de plaques de souffre que des hommes viennent arracher pour les remonter jusqu’en haut du cratère. Ils les redescendent ensuite jusqu’au collecteur situé trois kilomètres plus bas.
Ils sont à peu près 400 porteurs et environ 300 à travailler chaque jour. Chaque porteur doit descendre au fond du cratère, détacher des morceaux de souffre pour remplir ses paniers, probablement plus ou moins en apnée car les fumées du volcan brûlent les poumons ; on est assez vite asphyxié, même dans les gaz diluées par le vent. Le masque à gaz reste une exception et les porteurs ressortent des fumées en toussant.

Les fumées de souffre

Partis arracher les plaques de souffre
Ils chargent entre 70 et 100 kilos de souffre à chaque voyage et ils font deux voyages par journée de travail. Les paniers sont tellement lourds que les plus anciens porteurs se voient pousser une bosse au niveau des épaules. Les paniers de 70 kilos, Christophe n’a pas pu les soulever seul et il ne pouvait pas marcher avec. Et on en a vu peser des charges de 95 kilos… Au total, ce travail extrêmement pénible et dangereux permet d’extraire 40 tonnes de souffre chaque jour, et le volcan en reconstitue autant.

Porteur de souffre

Porteur de souffre

Remonter le cratère
Très certainement, d’autres solutions seraient envisageables (au moins, introduire la mule en Indonésie où on n’en a pas vu) mais tant qu’il reste profitable d’employer des hommes et qu’il s’en trouve pour accepter le travail, rien ne changera probablement. Payés 4 centimes d’euros le kilo, les porteurs peuvent obtenir des salaires corrects, assez élevés pour l’Indonésie – plus que le salaire moyen indonésien -. C’est aussi le salaire de l’exploit, avec la bosse et les poumons abîmés. Les gars étaient impressionnants.

Deux porteurs

Sur le flanc du cratère
Nous avons quitté le volcan dans un camion qui ramenait les porteurs chez eux, ils devaient être soulagés, ils se racontaient des blagues. Comme ils entament parfois la journée vers trois heures du matin, certains d’entre eux avaient fini, il devait être 11 heures, il faisait beau et on traversait la forêt tropicale. Arrivés au village nous avons changé de camion et nous avons voyagé avec les sacs de souffre. Au final, le souffre sera utilisé en pétrochimie, pharmaceutique, cosmétique ou pour blanchir le sucre.

Un porteur

Un porteur

Sourcils pleins de souffre

Les rizières et les volcans
On vous met cette dernière photo de rizières, avec les volcans au fond, parce que c’était étonnant, dans un seule journée, de quitter le fond du cratère d’Ijen à 2300 mètres d’altitude, de descendre jusqu’au niveau de la mer, de rejoindre les champs et les villages.
Et puis, parce que nos messages d’Indonésie sont peut-être un peu rocailleux et arides alors que l’île de Java est fertile et très peuplée.
Aussi parce que nous allons quitter l’Asie et ses rizières, et que le riz, c’est très important – en Chine, on n’utilise pas le verbe « manger » tout seul : soit on dit ce qu’on veut manger soit, par défaut, on dit « manger du riz » -. Le peuplement de l’Asie tient à la culture du riz et on en a traversé, des rizières, ces derniers mois…
Enfin, on quittera demain l’Indonésie à regret, et des indonésiens extraordinairement accueillants, riants … et très inquiets de nous voir disparaître. Les attentats fondamentalistes de Bali, puis de Jakarta, on fait fuir les touristes et inquiètent la population.
L’Islam apparaît ici sous un jour un peu inhabituel, peut-être coloré par en dessous par les anciens cultes hindouistes et bouddhistes. Le voile est au choix et n’interdit pas la coquetterie, il n’apparaît que rarement à la télévision. On peut y coudre des perles, utiliser des broches fantaisistes, choisir une mousseline de soie couleur pêche… on est parfois très loin de la mode maghrébine. La religion est très présente, avec cinq appels à la prière par jour, mais on n’a jamais vu broncher personne en entendant le muezzin. De toutes façons, ce sont des chants en arabe dont personne ne comprend les paroles. Une salle de prières est également disponible dans tous les lieux publics (dans les hôtels, les gares routières, l’aéroport) mais elle est invariablement située à côté des chiottes ce qui lui confère un prestige très relatif… Enfin, une grande publicité est faite quant à la lutte anti-terroriste. Très souvent, des indonésiens nous ont fait part de leur hantise des attentats qui dévoient l’image du pays. Et le reste du temps, ils appelaient Christophe « Oussama », parce que l’Indonésie c’est aussi le pays de la bonne humeur et de l’humour, où on trouve toujours une bonne occasion de rigoler, même quand il n’y en a pas.
Comme quoi c’est pareil partout, dès qu’on est prêt à marcher un peu y a moyen d’être tout seul même dans les endroits les plus courus (cf. Machu Picchu
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Le lac acide du Kawah Ijen rappelle irrésistiblement les vieux James Bond des années 60 !
Bref ça avait l’air sympa cette petite séquence Indonésie… au fait c’est pas là -bas, la spécialité de cigarettes au clou de girofle ? A ne pas manquer !
Partis le 01 avril 2009
Revenus le 26 mars 2010
359 jours de voyage (+1 de décalage horaire)